{"id":19715,"date":"2025-11-13T10:13:41","date_gmt":"2025-11-13T09:13:41","guid":{"rendered":"https:\/\/kcoa-africa.org\/?p=19715"},"modified":"2025-11-13T10:17:44","modified_gmt":"2025-11-13T09:17:44","slug":"conserver-le-manioc-a-lancienne-entre-savoir-faire-ancestral-et-defi-de-modernisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kcoa-africa.org\/fr\/conserver-le-manioc-a-lancienne-entre-savoir-faire-ancestral-et-defi-de-modernisation\/","title":{"rendered":"Conserver le manioc \u00e0 l\u2019ancienne : entre savoir-faire ancestral et d\u00e9fi de modernisation"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0Au c\u0153ur des villages du Centre et du Sud du Cameroun, quand le soleil d\u00e9cline sur les champs, un parfum l\u00e9g\u00e8rement acide flotte dans l\u2019air : celui du manioc ferment\u00e9. Dans les cuisines en terre battue ou au bord des rivi\u00e8res, les femmes s\u2019affairent autour de bassines d\u2019eau, de sacs de jute et de tas de tubercules fra\u00eechement arrach\u00e9s. Ici, la<strong> <\/strong>conservation traditionnelle du manioc n\u2019est pas qu\u2019une simple pratique alimentaire c\u2019est un art, une m\u00e9moire vivante transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le manioc s\u2019est impos\u00e9 comme l\u2019un des aliments les plus consomm\u00e9s au Cameroun. Dans plusieurs r\u00e9gions, il constitue la base du repas quotidien, sous diverses formes : b\u00e2ton de manioc, tapioca ou couscous. Mais une fois r\u00e9colt\u00e9, le tubercule se d\u00e9grade tr\u00e8s vite parfois en moins de 72 heures s\u2019il n\u2019est pas trait\u00e9. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de techniques traditionnelles de conservation \u00e9labor\u00e9es depuis des si\u00e8cles par les communaut\u00e9s rurales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Nos grands-m\u00e8res n\u2019avaient pas de frigos, mais elles savaient comment garder le manioc pendant des semaines, parfois des mois \u00bb, raconte <strong>Maman Odette<\/strong>, cultivatrice \u00e0 Ezaboutou (une localit\u00e9 non loin d\u2019Esse). \u00ab Elles utilisaient l\u2019eau, la terre et le soleil comme alli\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9thode la plus r\u00e9pandue reste la fermentation aquatique. Les tubercules \u00e9pluch\u00e9s sont plong\u00e9s dans des rivi\u00e8res ou des barriques remplies d\u2019eau pendant trois \u00e0 cinq jours. L\u2019action naturelle des bact\u00e9ries lactiques d\u00e9compose les sucres, adoucit la chair et lui donne cette l\u00e9g\u00e8re acidit\u00e9 caract\u00e9ristique. \u00ab C\u2019est ce qui donne le bon go\u00fbt du b\u00e2ton de manioc \u00bb, explique <strong>Jeanne Essomba<\/strong>, transformatrice locale. \u00ab Apr\u00e8s la fermentation, on presse bien le manioc dans des sacs pour enlever toute l\u2019eau, puis on le s\u00e8che au soleil avant de le piler ou de le r\u00e2per. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans d\u2019autres zones, notamment dans l\u2019Est et le Littoral, les producteurs pratiquent la fermentation souterraine : les tubercules sont enfouis dans des fosses couvertes de feuilles pendant une \u00e0 deux semaines. Cette technique, tr\u00e8s efficace, permet de conserver le manioc sans ajout d\u2019eau et sans alt\u00e9ration majeure du go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la fermentation vient souvent l\u2019\u00e9tape du s\u00e9chage, indispensable pour prolonger la dur\u00e9e de vie du produit. Les morceaux de manioc sont dispos\u00e9s sur des nattes de bambou ou des claies en bois, expos\u00e9s au soleil pendant plusieurs jours. Les femmes surveillent avec attention la m\u00e9t\u00e9o : un jour nuageux peut compromettre tout un lot. Le manioc ainsi s\u00e9ch\u00e9 peut ensuite \u00eatre transform\u00e9 en farine ou en tapioca, et se conserve plusieurs mois, voire une ann\u00e9e enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Quand on s\u00e8che bien le manioc, il ne pourrit pas et garde son go\u00fbt \u00bb, confie <strong>Marthe Ndongo<\/strong>, membre d\u2019un groupement f\u00e9minin de transformation. \u00ab C\u2019est notre mani\u00e8re d\u2019assurer la nourriture de la famille pendant la saison s\u00e8che. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00f4le des femmes dans cette cha\u00eene est central : elles cultivent, transforment, conservent et commercialisent le manioc. La ma\u00eetrise de ces techniques est aussi un symbole de savoir-faire et de fiert\u00e9 communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les m\u00e9thodes traditionnelles ne sont pas sans limites. Les conditions d\u2019hygi\u00e8ne varient d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre, et l\u2019utilisation d\u2019eaux stagnantes ou de sacs us\u00e9s peut compromettre la qualit\u00e9 sanitaire du manioc ferment\u00e9. De plus, le changement climatique perturbe les cycles de s\u00e9chage : les pluies impr\u00e9visibles, la faible luminosit\u00e9 ou les temp\u00e9ratures excessives rendent le s\u00e9chage solaire plus difficile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Parfois, on perd toute une production parce qu\u2019il pleut pendant trois jours d\u2019affil\u00e9e \u00bb, d\u00e9plore <strong>Berthe Ngono<\/strong>, une transformatrice. \u00ab On n\u2019a pas encore de s\u00e9choirs modernes ici, alors on d\u00e9pend du soleil. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ces d\u00e9fis, des centres de recherche agricole accompagnent les communaut\u00e9s rurales pour am\u00e9liorer la conservation sans renier les savoirs locaux. Des formations sur les s\u00e9choirs solaires, les bacs en plastique alimentaire ou les syst\u00e8mes de fermentation contr\u00f4l\u00e9e permettent de renforcer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire tout en pr\u00e9servant la dimension culturelle du manioc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab L\u2019id\u00e9e n\u2019est pas de remplacer les techniques ancestrales, mais de les s\u00e9curiser \u00bb, explique un chercheur \u00e0 l\u2019Institut de recherche agricole pour le d\u00e9veloppement (IRAD). \u00ab Le savoir traditionnel est une richesse. Il faut simplement l\u2019adapter aux r\u00e9alit\u00e9s actuelles. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans plusieurs villages du Centre, des coop\u00e9ratives f\u00e9minines valorisent d\u00e9sormais le manioc s\u00e9ch\u00e9 ou ferment\u00e9 sous emballage hygi\u00e9nique, pr\u00eat \u00e0 la vente dans les march\u00e9s urbains. Le \u201cb\u00e2ton de manioc d\u2019Obala\u201d ou le \u201cmanioc ferment\u00e9 de Ngomedzap\u201d deviennent m\u00eame des produits de terroir reconnus pour leur go\u00fbt et leur authenticit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Quand les gens en ville ach\u00e8tent notre manioc, ils ach\u00e8tent aussi notre histoire \u00bb, sourit <strong>Maman Odette<\/strong>. \u00ab C\u2019est le go\u00fbt de la tradition, celui de nos anc\u00eatres. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la conservation traditionnelle du manioc, loin d\u2019\u00eatre un vestige du pass\u00e9, s\u2019affirme comme une cl\u00e9 de r\u00e9silience alimentaire et culturelle. Entre les mains des femmes rurales, ce savoir-faire ancestral continue d\u2019\u00e9crire l\u2019avenir d\u2019un aliment vital, symbole de survie, d\u2019identit\u00e9 et de fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cliquez sur ce lien pour en savoir plus sur la conservation du manioc: https:\/\/kcoa-africa.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Comment-conserver-le-manioc.pdf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Au c\u0153ur des villages du Centre et du Sud du Cameroun, quand le soleil d\u00e9cline sur les champs, un parfum l\u00e9g\u00e8rement acide flotte dans l\u2019air : celui du manioc ferment\u00e9. 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