{"id":4106,"date":"2023-10-19T15:55:03","date_gmt":"2023-10-19T13:55:03","guid":{"rendered":"https:\/\/kcoa-africa.org\/?p=4106"},"modified":"2023-12-04T10:01:48","modified_gmt":"2023-12-04T09:01:48","slug":"agroecology-is-a-project-for-society-an-interview-with-mariam-sow","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kcoa-africa.org\/fr\/agroecology-is-a-project-for-society-an-interview-with-mariam-sow\/","title":{"rendered":"L\u2019Agro\u00e9cologie est un projet de soci\u00e9t\u00e9 \u2013 Un entretien avec Mariam Sow"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019agro\u00e9cologie est devenue, gr\u00e2ce \u00e0 Mariam Sow de l\u2019ONG ENDA PRONAT et ses partenaires de la soci\u00e9t\u00e9 civile au S\u00e9n\u00e9gal, une priorit\u00e9 dans le pays. Avec le projet global Centre de Connaissances de l\u2019Agriculture Biologique en Afrique de la Deutsche Gesellschaft f\u00fcr Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH, elle participe \u00e0 collecter les connaissances paysannes et les met en lien avec la recherche scientifique sur l\u2019agriculture \u00e9cologique et biologique. C\u2019est primordial pour convaincre les sceptiques. Et pour montrer aux jeunes une alternative, car il.elle.s se d\u00e9tournent de plus en plus de l\u2019agriculture. Mariam Sow (68 ans) est n\u00e9e dans une famille d\u2019agriculteur.rice.s. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole, elle a rejoint ENDA Thiers Monde, l\u2019organisation m\u00e8re de ENDA Pronat. Elle y est maintenant directrice g\u00e9n\u00e9rale. Elle a fait campagne pour sensibiliser aux dangers des pesticides et a pris comme mod\u00e8le les m\u00e9thodes agricoles durables utilis\u00e9es par les agricultrices. En 2001, elle a fond\u00e9 le R\u00e9seau National des Femmes Rurales du S\u00e9n\u00e9gal (RNFR), qui compte aujourd\u2019hui environ 100 organisations et environ 36 000 agricultrices \u00e0 travers le pays. Elle nous raconte. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quelle est votre conception de l\u2019agro\u00e9cologie pour le S\u00e9n\u00e9gal ?<\/strong><\/p>\n<p>La terre est d\u00e9nud\u00e9e, plus encore maintenant, due \u00e0 l\u2019utilisation non contr\u00f4l\u00e9e abusive des pesticides, des herbicides, qui affectent la sant\u00e9 humaine, la sant\u00e9 animale, la sant\u00e9 environnementale \u00e0 travers leur utilisation, consommation et le manque de moyens de contr\u00f4le.<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>\u00ab Nous sommes dans l\u2019obligation, au niveau des pays sah\u00e9liens et du S\u00e9n\u00e9gal en particulier, de changer de paradigme, d\u2019avoir une autre approche qui redonne la vie \u00e0 la terre. \u00bb<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Donc, au vu de tout cela et au vu du changement climatique, nous sommes dans l\u2019obligation, au niveau des pays sah\u00e9liens et du S\u00e9n\u00e9gal en particulier, de changer de paradigme, d\u2019avoir une autre approche qui redonne la vie \u00e0 la terre, qui remet l\u2019environnement dans son \u00e9tat, qui remarie l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019\u00e9levage, qui ram\u00e8ne l\u2019arbre \u00e0 sa place au niveau de la vie paysanne. C\u2019est cette agriculture paysanne que nous devons promouvoir, en nous fondant aussi sur les valeurs, le savoir-faire paysan, mais aussi avec l\u2019accompagnement scientifique. L\u2019agro\u00e9cologie est un autre mod\u00e8le de vie, un autre projet soci\u00e9tal que nous sommes oblig\u00e9.e.s de porter.  <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous qualifiez l\u2019agro\u00e9cologie de \u00ab projet soci\u00e9tal \u00bb et vous avez dit que le mouvement de l\u2019agro\u00e9cologie a \u00e9merg\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, pour arriver ensuite au niveau gouvernemental. En quoi est-ce un succ\u00e8s pour vous ?<\/strong><\/p>\n<p>On a commenc\u00e9 \u00e0 en parler depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80 pour dire : \u00ab Halte, attention ! \u00bb Les gens avaient des difficult\u00e9s \u00e0 nous croire en disant : \u00ab L\u2019Afrique a faim, il faut des engrais, il faut des pesticides. \u00bb C\u2019\u00e9tait difficile, mais il fallait percer. On a inform\u00e9, on a sensibilis\u00e9, mais on nous a toujours dit que c\u2019\u00e9tait impossible. Et pourtant, 60 ans apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, en utilisant ces engrais et ces pesticides, on continue \u00e0 poser le probl\u00e8me de la souverainet\u00e9 alimentaire. Donc, il y a la question du changement et petit \u00e0 petit, nous avons assist\u00e9 \u00e0 la d\u00e9multiplication des organisations paysannes sensibles, si je prends pour exemple le cas de la F\u00e9d\u00e9ration Nationale pour l\u2019Agriculture Biologique (FENAB). Nous avons eu des organisations paysannes, au niveau de la recherche, les collectivit\u00e9s locales. Et \u00e0 partir de 2020, nous avons cr\u00e9\u00e9 un groupement de tous ces acteurs. Donc, toute cette dynamique s\u2019est retrouv\u00e9e ensemble autour d\u2019une dynamique qu\u2019on appelle la DYTAES, la \u00ab Dynamique pour la transition agro\u00e9cologique \u00bb. Le pr\u00e9sident actuel avait dit en 2019 qu\u2019il ferait de l\u2019agro\u00e9cologie, face au changement climatique, une priorit\u00e9 de son quinquennat. Cette dynamique a mis en place des \u00ab caravanes \u00bb dans toutes les r\u00e9gions \u00e9cologiques du S\u00e9n\u00e9gal, rep\u00e9r\u00e9 les initiatives qui sont en place, rep\u00e9r\u00e9 les difficult\u00e9s qui sont en place, et nous avons produit un document de contribution que nous avons remis \u00e0 l\u2019\u00c9tat du S\u00e9n\u00e9gal. Nous avons cherch\u00e9 \u00e0 instaurer un dialogue politique entre nous et le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture. C\u2019est tout cela qui doit constituer le gros du changement.      <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Est-ce que vous \u00eates satisfaite avec la situation actuelle ? <\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas \u00e9vident, mais \u00e7a avance. Depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, il commence \u00e0 subventionner les engrais organiques pour les producteur.rice.s. Nous avons mis en place d\u2019autres structures au niveau local, parce que nous sommes convaincu.e.s que c\u2019est la base aussi qui doit changer. Le DYTAEL, des \u00ab Dynamique pour la Transition Agro\u00e9cologique Locale \u00bb c\u2019est pour permettre aussi aux communaut\u00e9s locales de n\u00e9gocier avec les politiques locales, pour aussi changer. Ce dialogue entre l\u2019\u00c9tat et la DYTAES doit \u00eatre renforc\u00e9 aussi par ce dialogue au niveau de la politique internationale, parce qu\u2019aussi, en partie, tout d\u00e9pend d\u2019elle.    <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Est-ce que le S\u00e9n\u00e9gal peut servir d\u2019exemple pour les autres pays africains ?<\/strong><\/p>\n<p>En tout cas, au niveau de l\u2019approche agro\u00e9cologique, le S\u00e9n\u00e9gal, au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de ce que nous sommes en train de faire avec l\u2019\u00c9tat et les minist\u00e8res, constitue un levier de taille. Parce que les journ\u00e9es agro\u00e9cologiques, on les fait aussi avec les autres pays, on les invite. Nous sommes aussi membres d\u2019autres alliances, comme la 3AO (Alliance pour l\u2019Agro\u00e9cologie en Afrique de l\u2019Ouest) \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sous-r\u00e9gionale. Et on cherche aussi \u00e0 avoir un dialogue avec les institutions sous-r\u00e9gionales, la CEDEAO par exemple, pour aussi que ces institutions-l\u00e0 aillent dans notre sens et portent aussi ce message-l\u00e0.   <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous collaborez avec le projet de la GIZ \u00ab Centre de Connaissances de l\u2019Agriculture Biologique en Afrique \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, nous avons un appui de taille de la GIZ avec trois organisations au S\u00e9n\u00e9gal (ENDA PRONAT, FENAB et AGROECOL Afrique), mais avec aussi d\u2019autres pays et r\u00e9gions sur la gestion des connaissances. Le travail marche bien, nous sommes en train de travailler sur les connaissances endog\u00e8nes, donc de faire ressortir ces valeurs paysannes et en m\u00eame temps aussi les connaissances scientifiques. On fait aussi des formations avec la FENAB, par exemple des formateur.rice.s des multiplicateur.rice.s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Il y a aussi d\u2019autres p\u00f4les au niveau de l\u2019Afrique centrale, le Maghreb, c\u2019est avec cette r\u00e9gion que nous faisons aussi des \u00e9changes avec l\u2019appui d\u2019IFOAM pour que ces connaissances r\u00e9pertori\u00e9es puissent \u00eatre diffus\u00e9es le plus largement possible. En n\u00e9gociant avec l\u2019Etat, par rapport au probl\u00e8me de la souverainet\u00e9 alimentaire, nous disons que notre politique agricole doit reposer sur l\u2019agro\u00e9cologie. L\u2019Etat nous dit : \u00ab montrez-moi les preuves \u00bb. Donc nous cherchons aussi \u00e0 ce qu\u2019il y ait une suite pour que ces connaissances r\u00e9pertori\u00e9es soient utilis\u00e9es dans la mise en \u0153uvre au niveau des DYTAEL par exemple, dans certains pays au niveau des autres organisations paysannes pour faire ressortir aussi des r\u00e9sultats.    <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Et \u00e7a marche ?<\/strong><\/p>\n<p>On n\u2019en est pas encore l\u00e0. On aura des \u00e9vidences. Mais les paysan.ne.s aussi vont dire : voil\u00e0 nos greniers, on est autosuffisant.e.s, on arrive \u00e0 nous nourrir, on arrive \u00e0 transformer, \u00e0 vendre. Et c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on va changer, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on pourra \u00eatre \u00e0 \u00e9galit\u00e9 autour des tables de n\u00e9gociation. Je dis encore, et je le r\u00e9p\u00e8te, que l\u2019Afrique, avec tout ce qu\u2019elle a comme richesse, son foncier, cette jeunesse qui se cherche, nous devons aller vers des politiques communes. Nous devons faire de l\u2019agriculture \u00e9cologique, l\u2019\u00e9levage et la p\u00eache des m\u00e9tiers cr\u00e9ateurs d\u2019emplois sur toute la cha\u00eene. Certain.e.s vont produire, d\u2019autres vont transformer, certain.e.s vont vendre. C\u2019est un projet comportant une nouvelle vision.       <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment motivez-vous la jeunesse \u00e0 retourner vers l\u2019agriculture ?<\/strong><\/p>\n<p>De notre c\u00f4t\u00e9, nous suivons une d\u00e9marche qu\u2019on appelle l\u2019approche village. Donc, nous sommes dans le terroir, avec des \u00e9quipes un peu partout, avec des communaut\u00e9s, et on recherche \u00e0 faire une lecture globale du terroir. Donc, on ne se limite pas seulement \u00e0 th\u00e9oriser, on pratique aussi. Et l\u00e0, si on applique l\u2019approche village, on a des jeunes qui sont rest\u00e9s l\u00e0 et on a des femmes. Et on fait des am\u00e9nagements.    <\/p>\n<blockquote><p><strong><em>\u00ab Ce qu\u2019on craint, c\u2019est que nos jeunes, qu\u2019on a tellement d\u00e9courag\u00e9s, auxquels on a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que l\u2019agriculture n\u2019est pas rentable, veuillent partir. \u00bb<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Et nous devons voir aussi comment att\u00e9nuer le travail de l\u2019agriculture \u00e9cologique, parce que si on le dit, on arr\u00eate de mettre des herbicides sur le riz, parce que le d\u00e9sherbage est dur, il faut scientifiquement prouver d\u2019autres alternatives. Il faut trouver des outils qui permettent de diminuer le d\u00e9sherbage, pour qu\u2019aussi l\u2019agro\u00e9cologie ne soit pas une agriculture dure et que la jeunesse la rejette. Et ce qu\u2019on craint, c\u2019est que nos jeunes, qu\u2019on les a tellement d\u00e9courag\u00e9s, auxquels on a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que l\u2019agriculture n\u2019est pas rentable, et qu\u2019ils veuillent partir. Mais en m\u00eame temps on dit que la population va augmenter, qu\u2019il faut produire plus. On risque de cr\u00e9er encore le retour des multinationales qui vont chercher \u2013 ils ont d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9, mais il y a eu des r\u00e9sistances \u2013 \u00e0 accaparer des terres, ils vont chercher \u00e0 grandir, \u00e0 avoir de grandes cultures, \u00e0 polluer nos eaux, \u00e0 mettre des engrais. La pauvret\u00e9 va encore incr\u00e9menter, les gens vont devenir encore plus pauvres, et devenir une main d\u2019\u0153uvre dans leur propre terroir. C\u2019est \u00e7a aussi qu\u2019on \u00e9vite.      <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Claudia Jordan<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019agro\u00e9cologie est devenue, gr\u00e2ce \u00e0 Mariam Sow de l\u2019ONG ENDA PRONAT et ses partenaires de la soci\u00e9t\u00e9 civile au S\u00e9n\u00e9gal, une priorit\u00e9 dans le pays. 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