Blog Afrique sur l'Agriculture Biologique

Trois modèles d’affaires pour attirer les investisseurs

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Réunis à Yaoundé le 12 octobre 2026, des acteurs institutionnels, des économiques, des producteurs et des partenaires au développement ont découvert trois modèles d’affaires conçus pour faire de l’agriculture biologique et de l’agroécologie des secteurs créateurs de richesses, d’emplois et d’opportunités d’investissement. Une initiative portée par le Pôle de Connaissances en Agriculture Biologique et Agroécologie en Afrique Centrale (PCAC).

Et si l’agriculture biologique devenait davantage qu’une alternative aux pratiques agricoles conventionnelles ? C’est le pari porté par le PCAC, qui entend démontrer que la transition agroécologique peut aussi constituer une véritable opportunité économique au Cameroun.

Le lundi 12 octobre 2026, au siège du Conseil Economique et Social (CES) à Yaoundé, 58 participants, dont 20 femmes et 38 hommes ont été réunis, à l’occasion d’un atelier de présentation de trois modèles d’affaires en agriculture biologique et agroécologie. La rencontre, organisée sous le patronage du CES, visait à rapprocher les porteurs de projets des investisseurs privés, des institutions financières, des administrations publiques et des opérateurs économiques.

L’enjeu est de taille : passer d’une agriculture biologique encore insuffisamment structurée à une agroécologie marchande, capable de générer des revenus, de créer des emplois et de contribuer à la réduction de la dépendance du pays aux importations.

Trois modèles pour créer de la valeur

Au cœur des échanges, trois activités complémentaires ont été présentées par la consultante Abissegue Anne Marie. Elles couvrent différents maillons de la chaîne de valeur agricole, de la production d’intrants à la transformation des produits locaux.

Le premier modèle concerne la production et la commercialisation du compost de 21 jours , un biofertilisant élaboré notamment à partir de Tithonia diversifolia . Avec un investissement productif initial évalué à 12,27 millions de FCFA, l’unité pourrait produire, dès la première année, 15 390 sacs commercialisables de 50 kg. Au prix prévisionnel de 6 000 FCFA le sac, le chiffre d’affaires attendu s’élève à 92,34 millions de FCFA, pour un résultat net augmentant à 21,69 millions de FCFA.

Ce modèle ambitionne de répondre aux besoins des maraîchers et des exploitations engagées dans la transition agroécologique, tout en favorisant la disponibilité des intrants locaux. Sa réussite dépendra notamment de la maîtrise du procédé de fabrication, de la qualité du compost, de l’approvisionnement en matières premières et de la capacité à écouler la production.

Le deuxième modèle porte sur la production de tomates biologiques sous serre . Il prévoit l’installation de quatre serres de 100 m² chacune, soit une superficie totale de 400 m². L’investissement productif initial est évalué à 17,89 millions de FCFA, pour une production nette visée d’environ huit tonnes la première année et un chiffre d’affaires prévisionnel de 17,38 millions de FCFA.

Cette approche vise à sécuriser l’offre locale, à mieux maîtriser les conditions de production et à approvisionner les marchés urbains, les hôtels et les restaurants en tomates différenciées. Toutefois, la maîtrise des maladies du sol, la conduite technique des serres et la commercialisation régulière d’un produit périssable restent des facteurs déterminants.

Le troisième modèle concerne la transformation de la patate douce en chair orange en farine panifiable . Il mise sur la valorisation d’une matière première locale, riche en vitamine A, pour fournir notamment les boulangeries, les transformateurs agroalimentaires et la grande distribution.

Avec un investissement productif initial évalué à 57,13 millions de FCFA, l’unité vise une capacité d’approvisionnement de 600 tonnes de tubercules par an, permettant d’obtenir environ 147 tonnes de farine nette. Le chiffre d’affaires prévisionnel dépasse 181 millions de FCFA dès la première année, pour un résultat net augmentant à 11,22 millions de FCFA.

Ce modèle pourrait contribuer à limiter les pertes après récolte, à renforcer les débouchés des producteurs et à favoriser, de manière progressive, la substitution de la farine de blé importée par une matière première locale. Sa mise en œuvre nécessitera de sécuriser les approvisionnements cependant, les contrats commerciaux et les financements nécessaires à l’achat des tubercules.

Des opportunités économiques à consolider

Au-delà des projections financières, ces trois modèles traduisent une volonté de structurer l’ensemble de la chaîne de valeur biologique : disponibilité des intrants, production agricole, transformation et accès aux marchés.

Pour le coordonnateur du PCAC, cette orientation répond à des enjeux économiques majeurs, notamment la dépendance aux engrais importés et la nécessité de renforcer la compétitivité des productions locales. Les modèles présentés doivent ainsi permettre aux investisseurs de disposer de données chiffrées pour apprécier les besoins en capitaux, les charges, les revenus attendus et les conditions de rentabilité.

Le Secrétaire général du CES a, pour sa part, souligné l’intérêt de cette dynamique pour la transition écologique, la souveraineté alimentaire et le développement durable. Il a également relevé les perspectives d’emploi offertes aux jeunes et aux femmes.

Le CPF de Mbouo-Bandjoun entend accompagner cette évolution en mettant à disposition son expertise, ses infrastructures de démonstration et ses capacités d’appui technique. L’objectif est de favoriser l’émergence d’unités de production et de transformation viables, susceptibles d’être adaptées à différents contextes.

Du modèle théorique à l’investissement concret

Les échanges avec les participants ont toutefois mis en évidence plusieurs conditions à réunir pour transformer les projections en activités économiques opérationnelles. L’accessibilité financière des modèles reste notamment à affiner, tandis que les coûts de transport, l’accès au crédit, les besoins en fonds de roulement et les exigences de certification doivent être mieux pris en compte.

Les participants ont ainsi recommandé d’adapter les modèles aux réalités des petits producteurs, de présenter plusieurs scénarios d’investissement, d’élaborer un guide pratique d’utilisation et de développer des projets pilotes. Ils ont également insisté sur la nécessité d’associer les établissements de microfinance, de renforcer les liens avec les ministères et les chambres consulaires, et d’examiner les possibilités d’homologation ou de labellisation des produits.

L’évaluation de l’atelier révèle un intérêt pour les trois propositions, mais aussi des interrogations sur leur accessibilité financière. Pour le modèle du compost, 13 participants sur les 24 répondants ont déclaré avoir l’intention de s’engager, tandis que neuf autres étaient encore en réflexion. Pour la tomate sous serre, sept participants envisageaient un engagement et douze poursuivaient leur réflexion. Concernant la farine de patate douce à chair orange, neuf participants ont exprimé une intention d’engagement et dix restaient en réflexion.

Ces appréciations montrent que l’intérêt suscité par les modèles devra désormais être accompagné de mesures concrètes pour faciliter leur appropriation et leur financement.

Le PCAC mise sur des partenariats durables

À travers cette initiative, le PCAC, mis en œuvre au Cameroun par un consortium comprenant notamment INADES-Formation Cameroun, le CPF, le CIPCRE, le SAILD et le GADD, poursuit son travail de diffusion des connaissances et de structuration des filières biologiques et agroécologiques.

La prochaine étape consistera à intégrer les observations formulées pendant l’atelier, à préciser les hypothèses économiques et à renforcer les relations entre porteurs de projets, producteurs, investisseurs et acheteurs potentiels.

Le défi est désormais de faire passer ces modèles de l’étude à l’expérimentation, puis à leur déploiement dans les territoires. La réussite dépendra autant de la solidité des projections financières que de la capacité à sécuriser les matières premières, les débouchés commerciaux, l’accompagnement technique et les mécanismes de financement.

En mettant en avant ces trois modèles d’affaires, le PCAC défend une conviction : l’agriculture biologique et l’agroécologie peuvent devenir des leviers de création de valeur et de développement économique, à condition de construire des filières organisées, accessibles et durables.

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation

Le « Blog Afrique sur l’Agroécologie » (Agroecology Africa Blog) présente des pratiques agricoles durables et des solutions biologiques spécialement conçues pour les agriculteur.rice.s africain.e.s. Il traite de problématiques spécifiques telles que la santé des sols, la protection des cultures, la conservation de l’eau et bien d’autres encore, à l’aide de méthodes pratiques.
 
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