Blog Afrique sur l'Agriculture Biologique

Conserver la tomate fraîche grâce aux cendres végétales : une technique traditionnelle qui renaît

Tomate fraîche grâce aux cendres végétales. Photo prise sur Google

Tomate fraîche grâce aux cendres végétales. Photo prise sur Google

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Dans plusieurs localités rurales du Cameroun, des producteurs renouent avec une méthode ancienne mais remarquablement efficace : la conservation des fruits de tomate frais à l’aide de cendres de végétaux. Une solution naturelle, économique et durable qui pourrait transformer la gestion post-récolte de l’un des légumes les plus consommés du pays.

Chaque année, les producteurs de tomate font face au même défi : comment conserver les fruits après la récolte, surtout pendant les périodes d’abondance ? Dans les zones rurales où l’électricité est rare et les moyens de conservation modernes coûteux, la tomate fragile et périssable subit d’importantes pertes post-récoltes. Pour éviter de voir leur production se gâter après quelques jours, certains paysans se tournent à nouveau vers une méthode éprouvée : l’utilisation de cendres de végétaux comme agent de conservation naturelle.

« Avant, nos parents gardaient la tomate pendant plusieurs semaines grâce aux cendres. Aujourd’hui, avec les formations reçues, nous redécouvrons cette technique et elle fonctionne très bien », confie Martine Abah, transformatrice agricole dans une localité du Centre.

La méthode consiste à récolter les fruits de tomate encore fermes, les nettoyer délicatement, puis les placer dans un récipient rempli de cendres végétales tamisées. Les fruits sont soigneusement enfouis et disposés de manière à ne pas se toucher.
La cendre agit comme un agent desséchant, antiseptique et insectifuge, ce qui empêche le développement des moisissures et l’attaque des parasites. Le tout permet de conserver la tomate entre 4 et 8 semaines, parfois plus selon les variétés.

Les producteurs utilisent principalement les cendres de :

  • tiges de mil,
  • coques d’arachide,
  • feuilles de bananier séchées,
  • tiges de maïs,
  • bois léger.

Ces cendres, riches en potasse, créent un environnement alcalin défavorable aux micro-organismes responsables de la dégradation.

« La cendre protège le fruit sans altérer son goût ni sa texture. C’est une forme de réfrigération naturelle », explique Benoît Zambou, technicien agroalimentaire.

Les pertes post-récoltes en tomate peuvent atteindre 50 % dans certaines localités faute de moyens de stockage. Pour de nombreux petits producteurs, ce gaspillage est un frein majeur à la rentabilité.

Grâce à la conservation par cendre, les agriculteurs peuvent :

  • prolonger la durée de disponibilité des fruits frais ;
  • organiser la vente au marché au moment où les prix remontent ;
  • réduire les pertes qui grèvent leurs revenus ;
  • sécuriser les stocks pour la consommation familiale.

Pour les femmes, principales actrices de la transformation, cette technique offre une flexibilité permettant d’étaler la production de sauces, condiments et purées.

L’utilisation de la cendre pour la conservation alimentaire n’est pas nouvelle. Elle était pratiquée dans plusieurs communautés africaines avant l’arrivée des conservateurs modernes et des réfrigérateurs.
Aujourd’hui, dans un contexte de flambée des prix de l’énergie et de sensibilisation à l’agroécologie, cette technique redevient une solution d’avenir.

Des ONG, projets agricoles et services techniques organisent des ateliers pour vulgariser cette méthode simple auprès :

  • des groupements de femmes,
  • des jeunes producteurs,
  • des coopératives maraîchères.

Ces formations permettent d’améliorer les pratiques, notamment sur la sélection des fruits, la qualité des cendres, l’hygiène et les conditions de stockage.

Dans les ménages ruraux, la tomate occupe une place importante dans l’alimentation quotidienne. Pouvoir la conserver plus longtemps contribue directement à :

  • stabiliser les stocks alimentaires,
  • réduire les dépenses,
  • améliorer la diversité nutritionnelle,
  • limiter le gaspillage.

Cette technique permet également de réguler l’offre locale afin d’éviter les effondrements de prix pendant la haute saison, ce qui profite aux producteurs.

« Grâce aux cendres, nous pouvons vendre la tomate même quand d’autres producteurs n’en ont plus. Les revenus sont meilleurs et plus réguliers », explique Oumarou Daïrou, producteur du Nord.

Malgré ses avantages, la méthode nécessite encore :

  • Une meilleure documentation scientifique,
  • L’harmonisation des techniques de préparation des cendres,
  • Des études comparatives selon les variétés de tomate,
  • Un accompagnement technique pour garantir l’hygiène.

Plusieurs groupes souhaitent aussi expérimenter l’utilisation de cendres mélangées à d’autres produits naturels (argile, feuilles sèches, charbon végétal) afin de renforcer l’efficacité du procédé.

Avec un appui adéquat, cette technique pourrait devenir une solution nationale pour lutter contre les pertes post-récoltes, notamment dans les zones reculées où les options de stockage sont limitées.

La conservation des tomates fraîches à l’aide de cendres végétales illustre parfaitement la façon dont les savoirs traditionnels peuvent répondre à des défis modernes. Face aux enjeux économiques et climatiques, cette technique simple, écologique et peu coûteuse offre une alternative durable aux populations rurales.

En redonnant vie à ce savoir-faire ancestral, les communautés agricoles renforcent non seulement leur résilience, mais aussi leur autonomie alimentaire, un enjeu majeur pour le Cameroun d’aujourd’hui et de demain.

Cliquez sur le lien pour avoir plus de détails: https://kcoa-africa.org/wp-content/uploads/2024/09/conservation-de-la-tomate-a-laide-de-la-cendre.pdf

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation.................................................

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