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Le Chenopodium, un allié naturel pour la conservation du haricot à Guidiguis

haricot rouge protégé par le Chenopodium. Photo prise sur Google

haricot rouge protégé par le Chenopodium. Photo prise sur Google

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Dans cette commune du Mayo-Kani, située en plein cœur de la zone soudano-sahélienne, une nouvelle pratique agricole attire l’attention des producteurs de légumineuses : l’utilisation du Chenopodium comme conservateur naturel du haricot. Face aux pertes post-récoltes causées par les insectes et les moisissures, les producteurs ont décidé de s’appuyer sur ce végétal local, longtemps sous-estimé, pour protéger l’une des cultures les plus consommées de la région.

Le Chenopodium ambrosioides, plus connu localement sous le nom de « epazote », « djendjé » ou « herbe à vers », est une plante traditionnelle aux multiples vertus médicinales. Mais ce que beaucoup ignoraient jusqu’ici, c’est son puissant effet insectifuge, particulièrement efficace pour préserver le haricot stocké dans les greniers familiaux.

Chaque année, les producteurs de Guidiguis perdent entre 20 et 40 % de leurs stocks de haricot à cause des charançons, bruches et autres ravageurs de stockage. Dans un contexte où les pesticides chimiques sont coûteux, peu accessibles et parfois mal utilisés, les agriculteurs se tournent de plus en plus vers des solutions écologiques et disponibles localement.

« Depuis que j’ajoute des feuilles séchées de Chenopodium dans mes sacs de haricot, je n’ai plus de pertes. Les grains restent sains pendant des mois », témoigne Mama Mairama, productrice du village de Loubour.

Selon les agriculteurs, il suffit de mélanger les feuilles séchées à faibledose avec le haricot stocké ou d’insérer de petites poches de feuilles dans les récipients de conservation. L’odeur forte de la plante repousse les insectes sans altérer la qualité des grains.

Plusieurs agriculteursencouragent désormais l’utilisation du Chenopodium dans le cadre de la promotion des biopesticides et de l’agroécologie. Des séances de formation ont été organisées dans plusieurs villages de Guidiguis, permettant de mieux vulgariser cette technique peu coûteuse.

« Le Chenopodium est une plante disponible partout dans la zone. Son utilisation réduit les dépenses en produits chimiques et protège la santé des familles », explique Abdoulaye Hamadou, animateur agricole appuyant les producteurs du Mayo-Kani.

Les avantages multiples de la plante en font un outil particulièrement adapté au contexte sahélien :

  • Absence de toxicité pour l’homme et les animaux,
  • Disponibilité quasi permanente,
  • Facilité de séchage et de stockage,
  • Impact positif sur la conservation de plusieurs produits, y compris le maïs et le niébé.

Comme dans la plupart des activités de transformation et de conservation des produits agricoles, ce sont les femmes rurales qui portent et transmettent ce savoir-faire à Guidiguis.

Elles maîtrisent les étapes clés :

  • Récolte du Chenopodium en période de floraison ;
  • Séchage des feuilles à l’ombre pour préserver leur puissance aromatique ;
  • Broyage léger ou conservation en feuilles entières ;
  • Incorporation dans les sacs ou jarres de haricot.

Cette technique, transmise de génération en génération, commence aujourd’hui à être revalorisée grâce au regain d’intérêt pour les solutions naturelles.

Au-delà de Guidiguis, l’utilisation du Chenopodium pourrait contribuer à réduire considérablement les pertes post-récoltes dans toute la région du Nord-Cameroun. Le haricot, source essentielle de protéines pour des milliers de familles, représente aussi une culture de rente indispensable aux revenus des ménages.

« Le Chenopodium nous aide à conserver nos récoltes plus longtemps. Cela nous permet de vendre au bon moment et d’améliorer nos revenus », souligne Ousmane Yaya, jeune producteur de Guidiguis.

Face au changement climatique, à la baisse de fertilité des sols et aux tensions alimentaires récurrentes dans le septentrion, cette solution simple et traditionnelle constitue un levier de résilience important.

Les producteurs et animateurs agricoles souhaitent désormais :

  • Intensifier la sensibilisation communautaire,
  • Développer des tests comparatifs entre le Chenopodium et d’autres plantes locales,
  • Mieux documenter les effets à long terme sur la qualité des grains,
  • Intégrer la pratique dans les programmes de formation agroécologique.

Si elle continue à être vulgarisée, cette pratique pourrait contribuer à transformer durablement les méthodes locales de stockage, tout en valorisant davantage les plantes traditionnelles du terroir.

Cliquez sur ce lien pour plus de détails sur les bienfaits du Chenopodium: https://kcoa-africa.org/wp-content/uploads/2024/10/Utilisation-du-Chenopodium-pour-la-conservation-du-haricot.mp4

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation....................................................

Edité par :
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