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La poudre de Moringa révolutionne l’alimentation de la volaille dans la localité d’Esse

Alimentation des poules: photo prise par Marguerite MOMHA

Alimentation des poules: photo prise par Marguerite MOMHA

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Dans cette paisible commune rurale située à une quarantaine de kilomètres de Yaoundé, un vent d’innovation souffle sur les petites exploitations avicoles. Ici, les éleveurs ne jurent plus que par un complément 100 % naturel : la poudre de Moringa, une ressource locale devenue, en quelques mois, un allié de taille pour la santé et la productivité des volailles.

Tout est parti d’une simple observation. Dans plusieurs villages d’Esse, les habitants consomment depuis longtemps les feuilles de Moringa — surnommé “l’arbre miracle” — pour ses vertus nutritionnelles et médicinales. Riche en protéines, vitamines et minéraux, il est réputé pour renforcer le système immunitaire et combattre la malnutrition.

« Un jour, j’ai remarqué que les poulets picoraient volontiers les feuilles tombées au sol. Ils semblaient plus vifs que les autres », raconte Pierre Ndongo, un éleveur de 43 ans. « J’ai alors commencé à sécher les feuilles, les réduire en poudre et en ajouter dans leur alimentation. Les résultats ont été rapides : moins de mortalité, une meilleure croissance et des dépenses réduites en médicaments. »

Cette expérience, d’abord empirique, a depuis conquis plusieurs petits producteurs de la localité.

Dans un contexte marqué par la hausse du prix des aliments pour bétail, la poudre de Moringa apparaît comme une solution accessible et durable. Facile à produire, elle ne nécessite qu’un séchage à l’ombre et un broyage à l’aide d’un simple mortier ou moulin.

« Nous avons beaucoup de Moringa autour de nos maisons. Avant, on ne savait pas que cela pouvait aider nos poulets. Aujourd’hui, nous économisons sur les intrants, et nos volailles sont plus robustes », témoigne Madeleine Essomba, membre d’un groupement féminin d’éleveuses.

Les femmes d’Esse jouent d’ailleurs un rôle central dans la vulgarisation de cette pratique. Certaines se sont organisées en petites coopératives pour collecter, transformer et commercialiser la poudre de Moringa, non seulement pour les volailles, mais aussi pour la consommation humaine.

Des résultats encourageants sur le terrain

Selon les observations recueillies auprès des éleveurs, l’ajout de poudre de Moringa dans l’alimentation des poulets améliore le taux de survie, la qualité de la chair et la vitesse de croissance. Plusieurs affirment que leurs volailles atteignent désormais le poids de vente en une à deux semaines de moins que d’habitude.

« Je n’utilise presque plus d’antibiotiques, car mes poulets tombent rarement malades », confie Jean-Benoît Mbida, jeune éleveur d’Esse. « Le Moringa semble renforcer leur résistance naturelle. C’est une bénédiction pour nous. »

Même si ces résultats ne sont pas encore formellement validés par des études scientifiques locales, des experts en production animale s’intéressent de plus en plus à ces pratiques dites “éco-nutritionnelles”.

Un intérêt croissant des autorités et des partenaires

Des programmes de formation sur la production et l’utilisation du Moringa sont en cours de préparation, avec l’appui de certaines organisations de la société civile et institutions de développement rural.

« Ce que font les éleveurs d’Esse est remarquable. C’est un exemple d’innovation endogène qui mérite d’être documentée et soutenue », déclare Mme Pauline Abega, technicienne vétérinaire basée à Yaoundé. « Le Moringa peut devenir un complément officiel dans la formulation des aliments pour volaille, à condition que des études approfondies confirment son efficacité et son innocuité. »

Au-delà de ses bénéfices économiques, cette pratique traduit une tendance de fond : celle d’une revalorisation des ressources locales dans l’agriculture camerounaise. Face à la dépendance aux produits importés et à la cherté des intrants, les communautés rurales redécouvrent leur capacité à innover à partir de leur environnement immédiat.

« Nous voulons montrer que nos solutions locales peuvent être aussi performantes que les produits étrangers », conclut fièrement Pierre Ndongo. « Le Moringa pousse ici naturellement, il suffit de le valoriser. »

Dans les fermes d’Esse, entre les chants des coqs et les feuilles vertes des Moringas qui ondulent au vent, l’espoir d’une aviculture plus saine, plus rentable et plus respectueuse de la nature prend doucement racine.

Cliquez sur le lien suivant pour en savoir plus: https://kcoa-africa.org/wp-content/uploads/2025/09/Moringa-complement-alimentaire.pdf

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation....................................................

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