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L’avenir doré du miel camerounais passe par Ngaoundal

Photo prise sur google

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Longtemps cantonnés à la simple récolte et à la vente du miel brut, les apiculteurs de Ngaoundal amorcent aujourd’hui un virage décisif : la transformation et la valorisation du miel local. Dans cette commune située entre collines verdoyantes et savanes herbeuses, la petite filière apicole prend des allures de modèle d’entrepreneuriat rural.

Dans les ruelles animées du centre-ville de Ngaoundal, on ne parle plus seulement de ruches ou de récoltes. Les mots “filtration”, “pasteurisation” ou encore “conditionnement” reviennent désormais dans les discussions entre apiculteurs. Plusieurs groupements d’éleveurs d’abeilles, soutenus par des partenaires locaux et des ONG de développement, ont décidé de franchir un cap : ne plus vendre le miel à l’état brut, mais le transformer et le conditionner sur place.

« Avant, on récoltait et on revendait directement à des commerçants venus de Yaoundé ou Douala, à bas prix. Aujourd’hui, nous voulons que la valeur ajoutée reste ici, à Ngaoundal », explique Hamidou Barka, président d’un groupement apicole de la localité.

Dans un petit atelier flambant neuf, construit grâce à l’appui d’un projet de développement rural, les producteurs s’initient aux techniques modernes de traitement du miel : filtration, décantation, pasteurisation douce, et mise en pot hygiénique.

Cette nouvelle approche a un double objectif : améliorer la qualité du miel et garantir la sécurité alimentaire. Le miel brut, souvent vendu dans des bouteilles recyclées sans étiquetage, est désormais remplacé par des pots en verre ou en plastique scellé, portant la mention “Miel pur de Ngaoundal”.

« Les consommateurs veulent un produit propre, sans impuretés ni fermentation. Le traitement permet de stabiliser le miel et de prolonger sa conservation », explique Awa Kengne, technicienne en transformation alimentaire et formatrice auprès des apiculteurs.

Grâce à cette montée en compétence, les producteurs peuvent désormais écouler leur miel sur les marchés urbains ou auprès de supermarchés locaux, à un prix nettement plus avantageux. Une bouteille d’un litre de miel traité se vend entre 3 500 et 4 000 FCFA, contre à peine 2 000 FCFA auparavant pour le miel brut.

Des femmes et des jeunes au cœur du changement

Le dynamisme de la filière apicole à Ngaoundal s’explique aussi par l’implication croissante des femmes et des jeunes. Dans plusieurs villages comme Mbé ou Ngaoundal-Centre, des associations féminines se sont formées pour participer au tri, au filtrage et au conditionnement du miel.

« Avant, les femmes restaient à la maison pendant que les hommes allaient récolter. Maintenant, nous participons à la transformation, à l’emballage et à la vente. C’est une nouvelle source de revenu pour nous », se réjouit Hélène Ndifor, membre de l’UGICPROMNAD ( Union des GIC de Producteurs de miel du Djerem).

Les jeunes, quant à eux, s’intéressent à la production d’équipements apicoles notamment ruches modernes, extracteurs, filtres ou à la commercialisation numérique via les réseaux sociaux. Une dynamique nouvelle qui redonne espoir à une région longtemps dépendante des activités pastorales et agricoles traditionnelles.

Malgré les progrès notables, la filière apicole de Ngaoundal reste confrontée à plusieurs défis. Le principal concerne l’accès au matériel de transformation, souvent coûteux, et la maîtrise des normes de qualité exigées pour une certification nationale.

« Nous avons besoin d’un laboratoire de proximité pour tester notre miel et garantir sa conformité », plaide Hamidou Barka. « Cela nous permettrait d’obtenir le label “Produit du terroir camerounais”, et d’exporter à terme vers d’autres pays. »

Les apiculteurs souhaitent également bénéficier d’une meilleure structuration en coopératives afin de mutualiser leurs ressources et d’améliorer la commercialisation.

Les voix s’intéressent de près à cette dynamique et saluent cette initiative qui contribue à diversifier l’économie rurale et à promouvoir des pratiques respectueuses de l’environnement.

« L’apiculture reste une activité à fort potentiel dans l’Adamaoua. Elle ne détruit pas les forêts, crée de l’emploi et améliore la biodiversité. La transformation du miel est une étape essentielle vers une filière durable », souligne-t-il.

Avec plus de 200 apiculteurs actifs et des rendements en hausse constante, Ngaoundal est en passe de devenir un pôle de référence pour la production et le traitement du miel au Cameroun. Plusieurs investisseurs envisagent déjà de soutenir la création d’une unité semi-industrielle dans la commune.

Derrière chaque pot de miel de Ngaoundal, il y a désormais une histoire de savoir-faire, de courage et de transformation locale. Un miel ambré, doux et parfumé, qui symbolise la volonté des populations de prendre en main leur développement.

« Ce n’est pas seulement du miel, c’est le fruit de notre travail et de notre fierté », conclut avec émotion Hélène Ndifor, un pot à la main. « Quand les gens achètent notre miel, ils soutiennent toute une communauté. »

À Ngaoundal, le miel ne coule plus seulement des ruches : il devient un symbole de renaissance économique, de coopération locale et d’un avenir plus sucré pour toute la région de l’Adamaoua.

Cliquez sur ce lien pour découvrir la fiche technique de traitement du miel : https://kcoa-africa.org/wp-content/uploads/2024/09/Traitement-du-miel.pdf

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation....................................................

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