Blog Afrique sur l'Agriculture Biologique

Maïs, soja et Tithonia : La formule agroécologique qui change la donne en zone forestière

photo prise dans la localité d'Esse; crédit photo : Marguerite INADES-Formation Cameroun

photo prise dans la localité d'Esse; crédit photo : Marguerite INADES-Formation Cameroun

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Dans les régions forestières du Cameroun, l’association du maïs au soja et l’usage d’un biofertilisant à base de Tithonia améliorent la fertilité des sols, les rendements et les revenus des producteurs. Une innovation agroécologique qui pourrait accélérer la transition vers des systèmes agricoles plus résilients.

Dans les zones forestières du Cameroun, où la pression sur les terres agricoles s’intensifie et où les producteurs sont confrontés à des défis croissants de fertilité des sols, une approche agroécologique commence à faire ses preuves : l’association des cultures avec légumineuses, combinée à l’utilisation d’un biofertilisant à base de Tithonia. Cette innovation, documentée dans une fiche technique produite dans le cadre du Programme Global Promotion du Financement Agricole (ProFinA) et du Knowledge Centre for Organic Agriculture in Africa (KCOA), apparaît comme une réponse concrète aux enjeux de résilience agricole, de sécurité alimentaire et de rentabilité économique en zone forestière.

Dans les régions du Centre, de l’Est et du Sud, où les campagnes agricoles sont rythmées par une pluviométrie bimodale, les cultures vivrières comme le maïs, l’arachide et le soja occupent une place centrale dans les systèmes de production et dans l’alimentation des ménages. Mais ces cultures évoluent dans un contexte marqué par une disponibilité limitée des marchés, une pression accrue sur les ressources naturelles et des pratiques agricoles encore peu outillées pour répondre durablement à la dégradation des sols. Dans ce paysage, l’association culturale s’impose progressivement comme une stratégie d’adaptation et de transition agroécologique.

Selon la fiche technique, la région de l’Est connaît depuis plusieurs années une forte croissance démographique, alimentée notamment par l’arrivée de réfugiés en lien avec la crise centrafricaine. Cette évolution a accentué la pression sur les terres cultivables et les espaces forestiers, réduisant les périodes de jachère et fragilisant les équilibres écologiques. Face à cette situation, l’association des cultures notamment entre le maïs et une légumineuse comme le soja apparaît comme une solution à la fois productive et régénératrice.

En plus de diversifier les cultures sur une même parcelle, cette pratique permet de mieux restaurer la fertilité des sols, notamment grâce à la capacité du soja à fixer l’azote. Elle contribue également à réduire la dépendance à des systèmes extensifs fondés sur la jachère longue, souvent difficiles à maintenir dans des contextes de forte pression foncière. À cela s’ajoute l’usage du Tithonia, une plante disponible localement, utilisée ici comme base de biofertilisant. Sous forme de fumure verte ou de purin, le Tithonia fournit de l’azote, du phosphore et du potassium, tout en exerçant un effet insecticide dans le sol.

Une innovation qui améliore les revenus des producteurs

L’un des apports majeurs de cette approche réside dans ses performances économiques. La fiche compare un scénario classique, où le producteur cultive du maïs et de l’arachide sans intrants, à un scénario amélioré, basé sur l’association maïs-soja avec biofertilisant à base de Tithonia. Sur une superficie identique d’un hectare, les résultats montrent une progression significative de la productivité et de la rentabilité. Le rendement du maïs passe ainsi de 1 000 kg/ha à 1 300 kg/ha, soit une hausse de 30 %, tandis que la marge brute augmente de 34,6 %. Le revenu net du producteur passe quant à lui de 121 742 FCFA à 170 452 FCFA en première année.

Ces chiffres montrent que l’agroécologie n’est pas seulement une affaire d’environnement ou de principes. Elle peut aussi constituer une réponse économique crédible pour les petits exploitants, à condition d’être accompagnée par des solutions de financement adaptées. Dans le modèle présenté, un investissement de 58 500 FCFA sous forme de crédit permet au producteur d’acquérir un crib de séchage du maïs, améliorant ainsi la conservation de la récolte et les conditions de commercialisation. La fiche recommande un crédit assorti d’une période de grâce de trois mois et d’un remboursement sur quatre mois, avec une logique de caution solidaire entre producteurs.

Un modèle robuste, mais encore freiné par plusieurs défis

Malgré ses avantages, cette pratique agroécologique reste confrontée à plusieurs contraintes. Parmi elles figurent la disponibilité saisonnière du Tithonia, plus faible en saison sèche, la technicité de l’itinéraire cultural, qui nécessite un accompagnement renforcé, ainsi que l’absence d’homologation institutionnelle du biofertilisant à base de Tithonia. La fiche souligne également que l’agroécologie reste encore insuffisamment perçue comme une pratique, une science et un mouvement, ce qui freine son adoption à grande échelle.

D’autres risques pèsent également sur les exploitations agricoles de la zone forestière : vols, conflits fonciers, maladies phytosanitaires, instabilité des prix ou encore accès limité à des semences de qualité. Toutefois, même dans un scénario de baisse uniforme des prix ou des rendements, le modèle amélioré conserve une rentabilité positive, ce qui témoigne de sa relative robustesse.

Au-delà des résultats techniques et économiques, cette innovation met en lumière une question centrale : celle de la transition agricole dans les zones forestières du Cameroun. En articulant fertilité des sols, diversification des revenus, sécurité alimentaire et accès au financement, l’association des cultures avec légumineuses et biofertilisants offre une voie concrète vers des systèmes de production plus durables.

Dans un contexte où les producteurs doivent à la fois produire davantage, préserver leurs terres et mieux résister aux chocs, ce type de modèle agroécologique apparaît comme une piste sérieuse pour l’avenir. Encore faut-il qu’il soit mieux diffusé, mieux accompagné et davantage soutenu par des politiques, des mécanismes de crédit et des actions de vulgarisation adaptées aux réalités du terrain.

Cliquez sur ce lien pour avoir accès au produit de connaissance:

https://kcoa-africa.org/wp-content/uploads/2025/09/Factsheet_Association-des-cultures_zone-forestiere.pdf

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation.

Edité par :
Le « Blog Afrique sur l’Agroécologie » (Agroecology Africa Blog) présente des pratiques agricoles durables et des solutions biologiques spécialement conçues pour les agriculteur.rice.s africain.e.s. Il traite de problématiques spécifiques telles que la santé des sols, la protection des cultures, la conservation de l’eau et bien d’autres encore, à l’aide de méthodes pratiques.
 
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