Blog Afrique sur l'Agriculture Biologique

À Fotouni, une pionnière du bio ouvre la voie grâce à la morelle noire

Bernadette dans sa parcelle de morelle noire. Crédit photo: CPF

Bernadette dans sa parcelle de morelle noire. Crédit photo: CPF

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À Fotouni, une pionnière du bio ouvre la voie grâce à la morelle noire. Dans les collines verdoyantes de l’Ouest Cameroun, Bernadette Medom Djiela, 53 ans, a troqué les engrais chimiques pour une agriculture respectueuse du sol et de la santé. Devenue référence locale en techniques biologiques, elle forme aujourd’hui les agriculteurs de Fotouni et redonne au village le goût d’une terre vivante.

À Fotouni, dans les collines de l’Ouest Cameroun, les jours commencent tôt. Le coq chante, les brumes s’effacent, et dans les sillons humides de son champ, Mme Medom Djiela Bernadette observe ses jeunes pousses de morelle noire. Le geste est sûr, le regard bienveillant. Chaque feuille semble raconter l’histoire d’une femme qui a choisi de redonner vie à la terre sans la blesser.

Bernadette n’a pas toujours cultivé ainsi. Pendant longtemps, elle a pratiqué une agriculture conventionnelle, attirée, comme la majorité, par le gain et donc la quantité. L’essentiel était alors la productivité et la rapidité que lui garantissaient les engrais chimiques.

Pourtant, un jour, elle a pris conscience du danger qu’il y a à privilégier la quantité plutôt que la qualité. Bernadette a fait un constat accablant : les aliments qu’elle produisait, consommait et commercialisait n’étaient ni plus ni moins que du poison avalé et offert à ses semblables. Elle a compris, comme elle le martèle, que : « Nous empoisonnons ce que nous mangeons. »

Cette prise de conscience marque le début d’une reconversion lente mais résolue vers l’agriculture biologique. Il a fallu apprendre, expérimenter, et surtout convaincre : sa famille, ses voisins, ses clients. « Consommer bio, c’est avoir une santé saine », affirme-t-elle avec une sérénité qui force l’écoute.

Expérimenter, transmettre

Cette transition a été facilitée par sa formation au Centre Polyvalent de Formation (CPF), où elle a découvert de nouvelles techniques culturales respectueuses de l’humain et de l’écosystème. Elle a trimé pour implémenter ces méthodes parfois exigeantes au début, mais qui deviennent accessibles une fois maîtrisées.

Aujourd’hui, la nature lui donne raison. Parmi ses cultures biologiques, la morelle noire occupe une place particulière. Elle en maîtrise la production au point d’être régulièrement sollicitée par son entourage, curieux de connaître sa méthode.

Nourrie sans produits chimiques, la morelle de Bernadette regorge de nutriments et rappelle aux anciens le goût d’une agriculture d’autrefois, respectueuse des cycles et du vivant. Pour Bernadette, la réussite ne se mesure plus en tonnes récoltées, mais en confiance retrouvée, en qualité. « Le plus important pour moi, c’est de consommer un aliment qui puisse me soigner plutôt que me nuire », confie-t-elle.

Son champ est devenu un véritable lieu d’apprentissage. Les femmes du village viennent y chercher conseils et techniques : fabrication de biofertilisants, méthodes de lutte naturelle contre les ravageurs, production de semences locales. Bernadette est désormais une « multiplicatrice de savoirs », un repère pour sa communauté.

Une pionnière qui transforme Fotouni

Bernadette rêve d’un futur où l’agriculture biologique ne sera plus marginale, mais une norme. « Ne plus utiliser les produits chimiques, c’est une urgence pour notre avenir », répète-t-elle.

En la voyant parler à ses plants de morelle, on comprend que pour elle, la terre n’est pas un simple outil de production : c’est une alliée, une interlocutrice. Et si le bio progresse pas à pas dans les villages camerounais, c’est aussi grâce à des femmes comme Bernadette : enracinées, patientes, et convaincues que le changement durable commence dans un potager.

marguerite MOMHA
Author: marguerite MOMHA

Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation....................................................

Le « Blog Afrique sur l’Agroécologie » (Agroecology Africa Blog) présente des pratiques agricoles durables et des solutions biologiques spécialement conçues pour les agriculteur.rice.s africain.e.s. Il traite de problématiques spécifiques telles que la santé des sols, la protection des cultures, la conservation de l’eau et bien d’autres encore, à l’aide de méthodes pratiques.
 
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