«Nous mangions de plus en plus de produits remplis de substances chimiques. Et moi, je voulais revenir à l’essentiel »
À première vue, rien ne prédestinait MEKOUO Sorele à devenir agricultrice. Titulaire d’un Master 2 en Chimie, elle semblait promise à une carrière en laboratoire, au cœur des éprouvettes et des analyses de molécules, ou encore au sein de l’industrie agroalimentaire ou pharmaceutique. Pourtant, c’est précisément son immersion dans cet univers scientifique rigoureux qui l’a menée à une prise de conscience profonde.
Née à Bertoua et installée aujourd’hui à Fotouni, Sorele incarne cette nouvelle génération de femmes diplômées qui choisissent, non pas par dépit mais par conviction, de retourner à la terre. En juin 2023, elle opère un tournant décisif en s’engageant activement dans l’agriculture biologique. Mais pas n’importe comment : elle adopte une approche singulière, celle d’une multiplicatrice et vulgarisatrice de biopesticides et de biofertilisants, afin d’encourager et rendre accessibles les pratiques agroécologiques auprès des producteurs locaux.
Elle raconte que sa transition est née d’un retour au village, où la proximité avec la nature lui a ouvert les yeux : « La nature offrait déjà tout ce qu’il fallait pour nourrir l’homme sainement. » Guidée et formée par le Centre Polyvalent de Formation de Mbouo (CPF), qu’elle considère comme un véritable mentor, elle trouve dans l’agroécologie un pont idéal entre sa formation scientifique et ses valeurs profondes. Pour elle, l’agriculture biologique n’est pas une mode passagère, mais une révolution silencieuse fondée sur le respect du sol, du vivant et de la santé humaine.
Son regard de chimiste lui permet d’expliquer avec une grande clarté les mécanismes naturels : « Nous avons oublié que la chimie existe déjà dans la nature. Les plantes produisent leurs propres défenses, les sols ont leurs équilibres… Il faut simplement les comprendre, pas les remplacer. » Cette vision, à la croisée du laboratoire et de la parcelle agricole, donne à son engagement une force particulière.
En tant que multiplicatrice, Sorele passe désormais une grande partie de son temps à rencontrer les producteurs et productrices de Fotouni, à diagnostiquer leurs difficultés, à partager des recettes de biopesticides naturels et à expérimenter sur le terrain. Elle se souvient avec chaleur de ces femmes qui, pour la première fois, ont préparé leur propre extrait de neem, ou de ces jeunes cultivateurs qui ont redécouvert la fierté de produire sans dépendre des pesticides chimiques. « Mon plus beau souvenir, c’est de voir mes planteuses sourire en découvrant que leurs champs peuvent revivre sans engrais chimiques », raconte-t-elle avec émotion.
Mais la route n’est pas sans embûches. Les défis techniques, les incertitudes climatiques, les doutes de certains producteurs et la lenteur des changements d’habitudes sont autant de réalités qu’elle affronte avec patience. « Le plus dur, c’est de voir ses plantes souffrir et ne rien pouvoir faire immédiatement », avoue-t-elle. Pourtant, c’est sa vision à long terme qui la guide : une foi profonde dans une science mise au service du vivant, dans une agriculture qui soigne au lieu d’abîmer.
Sorele rêve d’un Cameroun où chaque agriculteur recevrait une formation de base avant de se lancer, un pays où l’accompagnement technique serait un droit autant qu’un besoin. Pour elle, l’avenir de l’agriculture nationale se joue dans la transmission du savoir, l’expérimentation locale et la valorisation des pratiques agroécologiques. « Je suis optimiste. Le monde comprend petit à petit que la santé humaine dépend de celle de la terre », affirme-t-elle avec conviction.
Aux jeunes qui hésitent encore à s’engager dans le bio, elle adresse un message clair et inspirant : « Le bio est une aventure porteuse d’avenir. Il faut être patient, mais la satisfaction est immense. »
Son leitmotiv résonne comme une déclaration d’amour à la nature : « Avant d’être un métier, choisir l’agriculture, c’est choisir de faire pousser la vie. »
Et dans les champs de Fotouni, entre un plant de piment cultivé sans intrants chimiques et un bidon de biopesticide artisanal qu’elle a appris à fabriquer et à transmettre, MEKOUO Sorele prouve chaque jour que la science et la nature ne sont pas opposées, mais deux alliées précieuses pour construire un avenir durable, sain et profondément humain.
Author: marguerite MOMHA
Je suis passionnée par la création de reportages percutants. De la recherche d'informations à la réalisation d'interviews captivantes, chaque étape est un défi stimulant. J'aime particulièrement l'art de la photographie et son pouvoir de raconter des histoires. L'écriture journalistique me permet de donner une voix aux sujets importants. Explorer de nouveaux horizons et partager des expériences humaines authentiques est ma vocation....................................................


