Le manioc, depuis son introduction en Afrique au XVIe siècle, joue un rôle important dans les habitudes alimentaires des peuples au sud du Sahara. Son apport dans les économies domestiques de nombre de ménages pratiquant l’Agriculture Familiale(AF) n’est plus à démontrer. Cette spéculation fait face à de nombreux défis (pourriture racinaire des tubercules, vieillissement des boutures, pratiques culturales désuètes ou surannées) auxquels il convient de donner des réponses aussi bien efficaces qu’immédiates. Dans les lignes qui suivent, nous y apportons notre contribution.
Le Bon Choix Des Semences
La pratique la plus courante consiste à cultiver le manioc à partir des boutures ; or, ces boutures se transmettent de génération en génération. Avec le temps, elles subissent l’usure du temps, se fatiguent, vieillissent et perdent leur rendement et leur capacité à résister aux chocs climatiques et environnementaux.
Nous proposons la régénération des boutures par des graines saines de fleurs de manioc au travers d’un parc à bois. Les boutures issues ici préservent tout leur potentiel génétique intact.
Comment obtenir de bonnes graines ?
- Sélectionner des plantes-mères saines et vigoureuses, sans signe visible de maladies (la mosaïque du manioc),
- Emballer les graines sur les tiges sélectionnées avec un film plastique blanc perforé pour l’aération,
- Récolter ces graines à maturité, c’est à dire lorsqu’elles éclosent,
- Les décortiquer en ne retenant que celles qui présentent déjà une plantule/ bourgeon.
Création d’un parc à bois :
- Prélever les jeunes plants ayant atteint une taille entre 10 et 15 cm et les replanter dans une planche préparée au préalable, en évitant le stress de la transplantation ;
- Préparer du vinaigre à base du petit piment + ail +oignon, les piler ou écraser et ajouter de l’eau. Asperger les jeunes pousses pour éloigner les rongeurs et autres insectes qui affectionnent ces jeunes plants.
Le temps de germination de la graine peut varier en fonction des facteurs tels que la variété, les conditions climatiques, la qualité du sol et les soins apportés.
Toutefois, des expériences menées permettent de donner des estimations générales suivantes :
- Germination : 7 à 14 jours
- Développement des feuilles : 2 à 4 semaines
- Développement des tiges : 4 à 6 semaines
- Formation des tubercules : 3 à 6 mois
- Maturité : 6 à 12 mois.
Une fois de plus, ces délais peuvent varier en fonction des conditions spécifiques de culture. Il est également important de fournir des soins appropriés : arrosage, fertilisation et protection contre des rongeurs et des maladies pour assurer une croissance saine et productive.
Quelques conseils utiles pour réussir une pratique agroécologique :
- Le manioc étant gourmand en biomasse, il importe de lui associer soit le haricot, soit l’arachide qui vont lui apporter de l’Azote, du Calcium ou du Potassium nécessaires
- Le manioc aime de l’eau, il faut cependant éviter de le semer dans une zone marécageuse ou dans un sol insuffisamment drainé ou encore compact
- Il aime un espace aéré
- Certaines bactéries trouvées après analyse en laboratoire proviennent des déjections humaines ; des mesures d’hygiène doivent être rigoureusement appliquées ici
- Semer des boutures qui ont le même gabarit pour éviter la compétition
- Tremper les boutures à semer dans une solution cendre de bois refroidie+ sel+ eau pendant au moins 24 heures
- Les yeux des nœuds doivent être retournés vers le ciel
- Entourer son champ d’une haie de pois cajan noir pour éloigner les rongeurs/ravageurs etc.
Réactions de quelques multiplicatrices ayant expérimentées cette pratique
Madame Yvette Créscence épouse EDOU, Présidente de la Case des Semences Paysannes d’Esse : « Je remercie le porteur de cette MI pour les solutions apportées aux problèmes que nous rencontrons dans la culture du manioc de nos jours. En attendant le retour des pluies ici à Esse, les membres de notre CSP et moi allons rentrer en champs pour procéder à la collecte des graines. Et dès le retour des pluies, nous allons mettre en pratique les enseignements reçus ici ce jour. »
Madame Nina Etim Akono : « En ma qualité de multiplicatrice, j’ai hâte d’aller expérimenter cette nouvelle pratique afin d’avoir mon propre témoignage. Je sais qu’il me faudrait être patiente pour mener jusqu’au bout tout le process. Le plus intéressant aussi est la latitude à pouvoir sélectionner les variétés de manioc qu’on veut produire, il faudrait donc adresser chaque lot. »
Author: marguerite MOMHA
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